Lorsque le monde se trouva au bord du gouffre et que la survie même de l'humanité s'en trouva menacée, l'Intelligence Artificielle E.U.R.O.P.A. décréta que seul l'exode vers Mars à bord d'Arches colossales offrait un espoir.

La construction des Arches débuta dans l'urgence, dès que Santahanna eût communiqué les plans de son projet à E.U.R.O.P.A. Éparpillés sur le globe, les chantiers titanesques furent menés par des millions de techniciens et de scientifiques de tous horizons. S'attaquant aux différentes étapes de ces constructions telle une armée de fourmis frénétiques, l'Humanité s'était lancée dans une course contre la montre pour échapper à l'extinction et mettait tout en œuvre pour que le projet réussisse. Face aux tensions et aux émeutes, les lieux de constructions, ne pouvant être tenus secrets, furent gardés jour et nuit par la quasi-totalité des milices qu'abritait la planète. De nombreux débordements émaillèrent les années de constructions et des dizaines de milliers de victimes tombèrent au nom de la sécurité et du bien commun.

La taille seule des constructions était déjà une gageure, mais il fallait également concevoir des Arches capables de supporter le voyage jusqu'à la planéte Mars et de s'y poser afin d'établir des colonies viables. Si les technologies de sommeil prolongé étaient maîtrisées depuis longtemps, le passage dans l'atmosphère martienne et le déploiement des Arches au contact du sol furent de réels défis. Mais nul écueil ne put être surmonté par la technologie de Santahanna combinée à l'omniscience d'E.U.R.O.P.A. Les moindres détails furent pris en compte : la place que devaient occuper les chambres de stase accueillant les milliers de colons, l'ancrage des Arches sur la planète rouge, l'embarquement de tous les systèmes de survie nécessaires à la colonisation et au forage... Les vaisseaux devaient en outre pouvoir être dirigés par un équipage réduit qui ne consommerait pas trop de ressources durant les cinq ans que durerait le voyage.

La coordination au sein de chaque chantier était parfaite et même lors des dernières heures, juste avant le lancement, les techniciens accomplirent les ultimes réglages nécessaires. Lors de chaque décollage, les foules se pressaient autour des zones de sécurité, les uns espérant monter à bord, les autres tentant d'empêcher les Arches de prendre leur envol. Espoirs déçus pour les uns, vaines tentatives pour les autres, chaque Arche décolla avec le nombre de passagers prévu à son bord. À cet instant, il n'y eut aucune place pour les sentiments ou les regrets, le projet étant trop important pour qu'un grain de sable ne vienne enrayer la machine. L'Humanité était en route vers son salut, laissant derrière elle son monde natal et ses erreurs passées.